Il y a des saisons qui se racontent d'elles-mêmes. Et puis il y a celle-là. Celle dont on se souviendra longtemps à Villemomble, pas seulement parce qu'elle s'est terminée en N1, mais parce que la route pour y arriver a ressemblé exactement à ce que ce club est : collectif, ambitieux, vivant.
Tout commence en septembre 2025 avec une prise de risque. Bouba Tangara, jusqu'alors coach de l'équipe féminine de Villemomble en N1, prend les rênes des hommes. À ses côtés, Moussa Sidibé, ex-entraîneur du Bourget en Prénationale, celui qui avait failli emmener son équipe en N3 en 2022-2023. Deux hommes qui connaissent le handball de haut niveau, deux hommes qui arrivent avec une vision. Zéro rodage prévu. Zéro temps d'adaptation. Dès la première journée, Villemomble joue pour monter.
Une saison de caractère
La première vraie blessure arrive tôt. Match aller contre Le Chesnay, le leader de la poule. Villemomble fait ce qu'il sait faire, trouver des solutions, créer du danger, faire douter l'adversaire. Mais dans les moments décisifs, le gardien chesnaysien est partout. Les ballons qui devaient rentrer n'entrent pas. Et au final, la défaite. 32-31. Un but d'écart pour une équipe qui avait dominé. Bouba Tangara dira que cette soirée a été difficile à digérer. Pas parce que l'équipe avait mal joué, parce qu'elle avait bien joué et perdu quand même. C'est ce genre de défaite qui reste longtemps dans un groupe. Pas pour le ronger, mais pour l'alimenter.
Le bilan final parle de lui-même. 19 victoires, 2 défaites, 1 match nul. La deuxième défaite arrive à domicile contre Nancy Handball. Le nul contre Lille Métropole au match aller se transforme en victoire écrasante au retour, 42-28. Ce groupe ne s'apitoie pas. Il répond. Des fins de match compliquées, il y en a eu tout au long de la saison. Des victoires arrachées dans les dernières minutes, des matchs qui auraient pu basculer. Mais à chaque fois, le résultat était là. Et c'est le seul truc qui compte.
En Coupe de France Fédérale, Villemomble se retrouve face à l'Élite Val-d'Oise, deux divisions au-dessus, une équipe qui est à l'heure actuelle en Pro Ligue. Le genre de confrontation où personne n'attend vraiment l'équipe de N2. Villemomble, lui, n'arrive pas pour participer. Il joue son handball, celui qu'il construit depuis le début de saison. Il pousse, il combat, il fait douter. La défaite arrive, mais dans une salle qui a compris ce soir-là que ce groupe n'avait pas de complexe. Pas face à n'importe qui.
Le match de légende
Puis vient le 5 avril 2026. La revanche. Le Chesnay à domicile, invaincu depuis le début de la saison, dix-sept matchs, dix-sept victoires. Le genre d'équipe qui semble au-dessus de tout. À la mi-temps, Villemomble est mené de cinq buts. Dans les tribunes, le doute commence à s'installer. Sur le banc, Bouba Tangara et Moussa Sidibé savent ce qu'il faut faire. Ils sortent leur botte secrète, un système tactique gardé sous le coude depuis des semaines, jamais vraiment utilisé en championnat. En cinq minutes, le match bascule. 5-0. Égalité. La salle explose. Et quand Villemomble passe devant pour la première fois du match, Le Chesnay ne s'en remettra jamais. Score final : 34-43. L'invaincu de la saison vient de tomber.
Ronny Douglas et le dernier but symbolique
Le dernier match de la saison aurait pu être une formalité. Il ne l'est pas. Dans le money-time, Ronny Douglas inscrit le but qui fait gagner son équipe. 30-31. Un but peut-être décisif dans la course à la N1.
Ronny Douglas. Arrivé à Villemomble à 14 ans en 2013. Formé à Delou, grandi avec le club, 143 buts en 9 saisons seniors. Un joueur qui a tout donné pour ce maillot, qui coachait les jeunes en parallèle de sa carrière, qui faisait partie des meubles. Son départ vers Montreuil, le club voisin qui vient de tout gagner cette saison, est annoncé peu après. Alors ce dernier but prend une dimension particulière. Son ultime geste en bleu, dans le money-time, pour faire gagner les siens. Il ne pouvait pas partir autrement.
Merci les gars, et maintenant
La N1, Villemomble l'apprend à l'annonce officielle des poules. Pas dans l'euphorie d'un soir de finale, pas dans un vestiaire en feu. Comme ça, à distance. Peut-être que c'est mieux comme ça, parce que cette saison ne méritait pas un seul grand moment. Elle méritait tous les moments. Les défaites digérées, les fins de match arrachées, les nuits de Coupe de France, le 5 avril, le dernier but de Ronny.
Nicolas Minne, 76 buts en 2 saisons. Genèse Bouity, 126 buts cette saison, meilleur buteur du groupe. Alexandre Ferge, 19 buts et cette faculté à changer le rythme d'un match en quelques minutes dès qu'il rentrait. Lucas Frosio, revenu au bercail après 6 saisons en National, qui tire sa révérence après deux années en N2. Et Ronny. Quatre départs qui font mal, quatre joueurs qui ont contribué à construire cette saison. Mais Villemomble ne s'arrête pas. Le club a recruté plusieurs jeunes à fort potentiel sur tous les postes. Un renouveau assumé. Ce n'est pas un club qui monte pour faire de la figuration. C'est un club qui monte pour rester.
Villemomble en N1. Ça méritait d'être écrit. Pas juste pour les résultats, pour ce que représente ce club dans le département. Pour Bouba et Moussa qui ont transformé un groupe en machine dès leur première saison. Pour tout le 93 qui s'était déplacé ce 5 avril pour pousser les bleus vers quelque chose de plus grand.
La N1, c'est mérité. Et ce n'est que le début.
Photo : Jonathan Kavena @jonathankavena @impulse_fr
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