Il y a des matchs qu'on gagne parce qu'on est meilleur. Et il y a ceux qu'on gagne parce qu'on refuse de perdre. Dimanche 13 septembre, à la salle Lamberdière, Villepinte a joué le second.
Trois joueurs sur le terrain. À un moment de cette rencontre, les Villepintois se sont retrouvés à trois contre six. Pas une image de style, une réalité. Et c'est précisément dans ce chaos-là qu'ils sont allés chercher leur première victoire de la saison, 33-32, arrachée dans les dernières secondes d'un money-time irrespirable.
Le prix de l'ambition
Pour comprendre ce que représente cette soirée, il faut regarder d'où vient ce club. La saison dernière, Villepinte termine vice-champion de Départementale. Une place qui ouvre la porte de la Régionale, mais qui laisse aussi un goût particulier : celui d'avoir bien fait, sans aller au bout.
Cet été, le club a construit en conséquence. Objectif affiché : ne pas monter pour faire de la figuration, mais s'installer durablement à ce niveau. La méthode : un effectif jeune, entouré d'anciens qui connaissent le terrain. Au centre de ce dispositif, Mehdi Fougani, meilleur buteur du club depuis trois saisons maintenant. Le genre de joueur autour duquel une équipe se construit.
En face ce dimanche, Saint-Michel. Une équipe renforcée par plusieurs descentes de R1. Pour une première journée, Villepinte n'a pas été épargné par le calendrier.
Zéro point en huit minutes
L'entame est brutale. Saint-Michel prend le match à son compte, déroule, et Villepinte ne marque pas. Pas un but pendant huit minutes. Quand Mehdi Fougani débloque enfin le compteur, l'équipe est déjà menée de quatre buts.
Le match aurait pu s'écrouler là. Il ne l'a pas fait.
Villepinte revient progressivement, recolle, et rentre au vestiaire mené de deux longueurs seulement : 12-14. L'écart est réduit, mais la tendance reste défavorable. Et ce qui attend la seconde période, personne ne l'imagine encore.
Trois sur le terrain
La deuxième période s'ouvre sur une accumulation. Les exclusions temporaires tombent, les unes après les autres. Villepinte se retrouve en infériorité, puis en double infériorité. Puis à trois joueurs sur le parquet face à six.
Dans ces moments-là, un groupe se révèle ou se disloque. Celui-ci s'est révélé.
« Ce match a été très intense, riche en émotions », raconte Aymen Aharrane Khengaoui. « On a réussi à rester déterminés et à garder le cap malgré tout ce qui a pu se passer. Il a fallu beaucoup de rigueur, de sang-froid et de caractère. »
Du caractère, il en a fallu. Parce que non seulement Villepinte encaisse le coup, mais l'équipe renverse le match dans la foulée. Elle recolle, égalise, passe devant. Mehdi Fougani, encore lui, enchaîne. Et à la 39e minute, un jeune inscrit coup sur coup deux buts qui portent les siens à +4.
Ce jeune, c'est Aymen. Premier match en Régionale avec l'équipe première. Première année senior.
Formé au Blanc-Mesnil, révélé à Villepinte

Aymen a fait toute son enfance au Blanc-Mesnil. C'est là qu'il apprend le handball, qu'il grandit avec un ballon dans les mains. Puis vient Villepinte, en catégorie -18 ans. Un changement de club à un âge charnière, celui où beaucoup arrêtent. Lui poursuit sa formation, s'intègre au vestiaire, accumule de l'expérience au niveau régional, décroche une Coupe 93 au passage.
Cette saison, il franchit le cap. Le senior, ce n'est pas la même intensité, pas les mêmes duels, pas le même rythme. Et pour un premier match, il ne s'est pas contenté d'exister.
Cinq buts. Deuxième meilleur buteur de son équipe sur la rencontre, derrière le seul Mehdi Fougani.
« J'étais très concentré, dès la préparation et aux entraînements. Le mot d'ordre, c'était le sérieux. » Ceux qui le côtoient décrivent un acharné, un passionné, quelqu'un qui travaille dur sur le terrain comme en dehors, et qui est apprécié dans le vestiaire. Sérieux à l'échauffement, prêt mentalement et physiquement au coup d'envoi.
« Les coachs et les coéquipiers m'ont poussé vers le haut », insiste-t-il.
Le money-time
La fin de match est un supplice. Villepinte compte trois buts d'avance, 33-30. Saint-Michel revient. 33-31. Puis 33-32, sur un penalty transformé alors que le chronomètre affiche déjà soixante minutes.
Trop tard. Le coup de sifflet final tombe. Villepinte tient.
Trois points. Les premiers de la saison. Arrachés contre une équipe renforcée par la R1, après avoir été menés d'entrée, après avoir joué à trois contre six.
Et dans les tribunes, une ambiance que les joueurs n'oublieront pas. « Les supporters ont été incroyables », souligne Aymen. Une atmosphère folle à domicile, qui a clairement pesé dans les dernières minutes.
La suite
Une première journée ne fait pas une saison. Mais elle dit quelque chose d'un groupe.
Ce que Villepinte a montré dimanche, ce n'est pas de la maîtrise. C'est du refus. Le refus de subir, le refus de plier quand tout indique qu'il faudrait le faire. Une équipe qui monte avec l'ambition de rester ne se juge pas sur sa manière de gagner quand tout va bien. Elle se juge sur ce qu'elle fait quand rien ne va.
À trois contre six, Villepinte a fait le choix de continuer.
📸 : Ali Chaïm @photographer_sdq93)
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