Il y a des équipes qui gagnent en contrôlant tout. Elles prennent l’avantage, le gèrent, et rentrent au vestiaire sans jamais avoir eu peur.
Et puis il y a Montreuil.
Montreuil qui se retrouve mené de quatre buts à sept minutes de la fin. Montreuil qui rentre à la pause avec quatre longueurs de retard, loin de chez lui. Montreuil qui, à chaque fois, finit par gagner. Quatre matchs, quatre victoires : pour son retour au niveau national, le promu ne s’est pas contenté de survivre. Il a pris la tête.
Samedi soir, à Auguste-Delaune, il reçoit le seul adversaire qui lui ressemble sur le papier et qui ne lui ressemble en rien sur le terrain. Vanves, invaincu lui aussi, descendu de Nationale 2 et décidé à y remonter. Deux équipes, deux manières de gagner. Une seule restera invaincue.
Vingt-cinq ans pour revenir, quatre matchs pour s’installer
Pour comprendre ce que vit Montreuil, il faut regarder d’où il vient. Trois montées en quatre saisons. Un triplé historique la saison dernière, avec le championnat de Régionale 1, la Coupe 93 et la Coupe de la Ligue. Et au bout, un retour au niveau national que le club attendait depuis vingt-cinq ans.
Beaucoup de promus arrivent en Nationale 3 avec l’idée de se maintenir. Montreuil, lui, est arrivé sans complexe. Large victoire contre Mélantois pour ouvrir la saison à domicile, succès solide à Gravelines ensuite. Le groupe est jeune, mais pas novice : plusieurs de ses joueurs ont déjà connu le championnat de France chez les moins de 18 ans. Il leur manquait le niveau national chez les seniors. Ils sont en train de le dompter.
Mais c’est dans la difficulté que cette équipe a vraiment montré qui elle était.
Le soir où Valenciennes a cru gagner
Valenciennes avait fait le plus dur. À sept minutes de la fin, les Nordistes mènent de quatre buts à Delaune, et Montreuil demande un temps mort. Dans beaucoup de salles, l’histoire serait déjà écrite.
Montreuil la réécrit but après but. L’écart fond. Puis vient l’instant que tous ceux qui étaient là raconteront encore longtemps : Henri reçoit le ballon et égalise d’une roucoulette venue d’ailleurs. 32-32. Ce qui ressemblait à une défaite est devenu une finale de deux minutes.
Dans les cages, Kelian Hutin tient. Et à 37 secondes du terme, Yeli Culioli-Traoré trouve la faille. 33-32. Ce n’est pas seulement un but, c’est une libération. Celle d’une équipe qui ne s’était jamais résignée, et d’un club entier qui découvre que son équipe, à ce niveau, ne lâche rien.
Ce soir-là, le public a joué sa partition jusqu’au bout. Au club, personne ne l’a oublié.

Rouen, ou la preuve loin de chez soi
On aurait pu croire que Delaune faisait tout. Que sans son public, Montreuil redeviendrait un promu comme les autres. Rouen s’est chargé de démontrer le contraire.
À la pause, Montreuil a encore quatre buts de retard. Pas de tribunes acquises à sa cause, cette fois, pas de salle pour porter les siens. Les Montreuillois recollent quand même, puis la fin de match devient un bras de fer où chaque attaque compte double. À une minute du terme, Romain Duclos marque le but de la victoire. Il reste trois secondes quand Rouen tente une dernière fois sa chance. Kelian Hutin s’interpose. 34-33.
Deux matchs gagnés d’un but. Deux fois quatre buts de retard effacés. Le hasard ne gagne pas deux fois de suite. Ces fins de match se construisent l’été, pendant une préparation physique que les joueurs ont acceptée sans broncher, aussi dure soit-elle. Le résultat se voit dans les dix dernières minutes : une défense qui serre, des ballons récupérés qui partent en contre-attaque, et des jambes qui tiennent quand celles d’en face commencent à flancher.
Un groupe sans tête d’affiche
Chercher la star de Montreuil, c’est perdre son temps. « Une équipe de handball, c’est avant tout un groupe », rappelle Léo, préparateur physique et pilier du club. Les recrues de l’été se sont fondues dans un vestiaire qui vit bien, et cette cohésion se ressent dans les moments chauds.
Il y a les enfants du club, Fethi et Romain, formés à Montreuil depuis tout petits, qui continuent de grandir malgré leur jeunesse. Il y a l’expérience des nouveaux : Ronny, sérieux et précieux en défense, et Henri, qui pèse en attaque. Il y a Kelian, le gardien des fins de match, celui qui sort la bonne parade au bon moment. Et derrière eux, un groupe large où chacun peut prendre ses responsabilités. Montreuil ne dépend pas de deux ou trois joueurs, et c’est peut-être ce qui le rend si difficile à abattre.
Le club grandit au même rythme que son équipe. Déplacements plus lointains, budget en hausse, organisation plus exigeante : la Nationale impose ses règles, et Montreuil sait qu’il doit encore se structurer pour s’y installer durablement.
Vanves, l’invaincu qui ne tremble pas
En face, rien ne se passe de la même façon. Vanves ne gagne pas dans la douleur. Vanves gagne dans la maîtrise.
Quatre matchs, quatre victoires, et jamais une mi-temps abordée avec du retard. Quand un adversaire a pris les devants, ce n’était que pour un temps : Vanves a toujours fini par reprendre la main, et ne l’a plus jamais rendue. Contre Boucle-de-Seine, les deux équipes sont à égalité à la pause. À la fin, Vanves compte cinq buts d’avance.
Descendu de Nationale 2 cet été, le club des Hauts-de-Seine ne s’éternise pas en N3 par plaisir. Il veut remonter, et il joue comme une équipe qui sait exactement ce qu’elle fait.
Samedi, la fierté contre la sérénité
Tout oppose ces deux invaincus. L’une aime les fins de match à couper le souffle. L’autre fait tout pour qu’il n’y en ait jamais. Si Vanves impose son tempo, Montreuil devra éviter de courir après le score. Si le match reste serré dans les dix dernières minutes, ce sera le terrain de jeu préféré des Montreuillois.
Montreuil arrive reposé, avec une semaine sans match qui a creusé l’appétit. Le club a sorti le grand jeu : toutes les catégories jeunes sont invitées, les partenaires et les élus seront présents, la buvette tournera. Et à Delaune, une règle tient depuis le début de la saison : on ne perd pas à la maison. Pas parce que les adversaires redoutent la salle, mais parce que les joueurs s’y refusent. « C’est une question de fierté », résume Léo.
Samedi, cette fierté rencontrera une équipe qui ne cède presque jamais. Il faudra du monde dans les tribunes pour faire pencher la balance. Léo a lancé l’appel : « Venez vous casser la voix et pousser nos joueurs vers la réussite. »
Samedi, 21 h, gymnase Auguste-Delaune. Deux invaincus, un seul vainqueur.
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